JOJ Dakar 2026 : Ce que des Sénégalais pensent et attendent des Jeux

Quelque 2700 jeunes athlètes venant de 26 pays vont prendre part aux JOJ Dakar 2026.
Légende image, Photomontage de jeunes athlètes venus participer aux jeux olympiques de la jeunesse à Dakar.
    • Author, Abdou Aziz Diedhiou
    • Role, BBC News Afrique
    • Author, Laté Wodi Lawson
  • Published
  • Temps de lecture: 9 min

A quelques heures de l'ouverture des jeux olympiques de la jeunesse, des Sénégalais interrogés par BBC News Afrique expriment leurs attentes, leurs espoirs mais aussi ce qu'ils voudraient voir changer après ces JOJ qu'organise leur pays, une première en Afrique.

Quelque 2 700 jeunes athlètes venant de 206 pays vont prendre part aux JOJ Dakar 2026 qui s'ouvrent ce samedi et qui vont durer jusqu'au 13 novembre 2026 avec 25 disciplines sportives.

Attentes et espoirs pour les uns

Des installations et des décorations promouvant les Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026 sont visibles dans toute la ville de Dakar, au Sénégal, le 18 octobre 2026
Légende image, Beaucoup de Sénégalais attendent des retombées positives des JOJ Dakar 2026.

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses vidéos montrant l'arrivée de jeunes athlètes étrangers à Dakar circulent.

Visages souriants et ambiance festive : ces participants, dont certains découvrent l'Afrique pour la première fois, partagent avec les internautes leurs premières images du pays de la Téranga.

Pendant que certains immortalisent l'instant avec des selfies, d'autres s'initient à la danse du "Simb" (« faux lions ») aux abords du village olympique.

La fièvre des Jeux olympiques de la jeunesse s'est emparée de Dakar à quelques heures de l'ouverture officielle des JOJ Dakar 2026.

La capitale sénégalaise, qui accueille cet événement, s'est parée de ses plus beaux atours pour recevoir les délégations venues du monde entier.

Réfection de la voirie, modernisation de l'éclairage public et construction ou rénovation d'infrastructures sportives : Dakar s'est dotée de nouveaux équipements, à l'image du stade Iba Mar Diop, entièrement rénové, ou encore de la piscine olympique.

Ignorer Promotion WhatsApp et continuer la lecture
BBC News Afrique Whatsapp : L'information sur votre téléphone
BBC Afrique est sur WhatsApp

Des informations vérifiées à portée de main

Cliquez ici et abonnez-vous !

Fin de Promotion WhatsApp

La Médina, l'un des plus anciens quartiers de la capitale et qui abrite le stade Iba Mar Diop, a également bénéficié d'importants travaux de réhabilitation de ses rues et ruelles.

Abdoulaye Diallo, habitant de la Médina et voisin du stade, se réjouit de cette transformation.

« Vous avez vu comme c'est beau ? Vraiment, nous attendions ces JOJ avec impatience », confie-t-il.

Le jeune homme garde un souvenir marquant des Jeux olympiques d'Athènes en 2004.

« C'était tellement grandiose », se souvient-il.

Il espère que les Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026 seront « du même niveau, voire meilleurs » et qu'ils contribueront à développer le tourisme au Sénégal.

« Partout dans le monde, les gens verront que c'est le Sénégal qui organise les Jeux olympiques de la jeunesse. C'est quelque chose de positif », estime-t-il.

« Nos stades ont été rénovés. Il y a le stade Iba Mar Diop, le stade Caroline Faye de Mbour, mais aussi le stade Léopold Sédar Senghor. »

Ancien handballeur, Ibrahima Sylla considère que l'organisation de ces Jeux représente « un grand progrès pour le pays ».

« Non seulement cela fera connaître le Sénégal à davantage de personnes, mais c'est aussi un pas en avant pour la jeunesse sénégalaise », explique-t-il.

Il cite parmi les acquis des JOJ « les infrastructures, les routes, l'éclairage public et les stades » construits ou réhabilités à l'occasion de l'événement.

Âgé de 84 ans, Ousmane Sadio Sow apprécie lui aussi les travaux d'embellissement réalisés dans la ville, notamment à la Médina, dont le visage a profondément changé.

« Nous entendions parler de ce genre d'événements, comme les Jeux olympiques de Tokyo », rappelle-t-il. « Nous n'aurions jamais imaginé qu'un jour le Sénégal puisse accueillir de tels Jeux. »

« Grâce à Dieu, ils sont arrivés jusqu'à nous. Nous sommes très heureux, même s'ils se déroulent à un moment où le pays est confronté à certains défis », nuance-t-il.

Selon lui, « le fait d'avoir rénové la ville est déjà un acquis », mais il insiste sur la nécessité d'assurer la maintenance des infrastructures après les Jeux afin que le pays puisse pleinement bénéficier de cet héritage.

« S'il n'y a pas d'entretien, nous retomberons dans nos travers. Si nous recommençons à faire ce que nous avions l'habitude de faire, ce sera comme si rien ne s'était passé », prévient-il.

« Tous les pays qui ont accueilli ces Jeux en ont tiré des retombées positives. Nous espérons la même chose pour le Sénégal », ajoute Ousmane Sadio Sow.

Il salue également la libération des trottoirs autour du stade Iba Mar Diop, auparavant occupés par des marchands, des cordonniers et des vendeurs de nourriture.

De son côté, Mame Adama Laye Ndoye, vendeuse de vêtements, dit apprécier l'organisation des JOJ tout en appelant à penser à l'après-Jeux.

« Nous savons réaliser de belles choses, mais nous avons parfois du mal à les entretenir. On ne peut pas investir des milliards dans des infrastructures et ensuite les laisser se dégrader par manque d'entretien. Cela n'a pas de sens », estime-t-elle.

« Nous prions Dieu pour que les visiteurs arrivent en paix et repartent en paix dans leurs pays respectifs », poursuit-elle.

Elle invite également tous les Sénégalais, où qu'ils se trouvent, à être des ambassadeurs du pays.

« Brandissons notre drapeau national et faisons la fierté du Sénégal. »

« Le Sénégal est connu comme le pays de la Téranga. La Téranga, c'est l'accueil, c'est prendre soin de ceux qui arrivent, les chérir et faire en sorte que rien ne vienne gâcher leur séjour », explique-t-elle.

Selon elle, l'un des principaux bénéfices des Jeux réside dans la visibilité internationale qu'ils offriront au pays.

« Tout le monde connaîtra davantage le Sénégal sur la scène internationale, et cela pourrait nous ouvrir d'autres portes. »

Mais cette visibilité exige également un accueil irréprochable.

« Il faut que les visiteurs soient bien reçus et bien traités, par la grâce de Dieu », insiste-t-elle.

Elle appelle aussi les Sénégalais à veiller à la propreté de leur environnement.

« Chaque Sénégalais doit comprendre qu'il a le devoir de garder son quartier propre. Ce n'est pas seulement pour les Jeux que nous devons le faire. Même après les JOJ, il faudra continuer. Jeter des déchets dans la rue ou y déverser de l'eau doit cesser. »

Elle invite enfin ses compatriotes à valoriser leur pays et à montrer l'exemple aux visiteurs.

« Si les Sénégalais considèrent que c'est leur pays et qu'ils doivent l'entretenir en tant que citoyens, tous les étrangers qui viendront ne pourront que suivre cet exemple. »

Sokhna Fatim Mbengue, gérante d'une boutique, estime également que les JOJ représentent une excellente opportunité pour l'Afrique.

« Il y a beaucoup d'aspects positifs à considérer. »

« Sur le plan culturel, cela offre une vitrine à nos artistes et à nos sportifs, notamment dans des disciplines comme la lutte ou l'athlétisme. Les Jeux permettront à nos jeunes talents de se faire connaître dans le monde entier », explique-t-elle.

Elle espère que de nombreux talents encore méconnus émergeront à l'issue de cette compétition, même si elle reconnaît craindre quelques difficultés.

« Beaucoup d'étrangers vont arriver, chacun avec sa culture, ses habitudes et parfois des comportements différents de ceux que connaissent les Sénégalais. Il peut y avoir quelques problèmes. Mais je suis convaincue que tout se passera bien sur le plan de la sécurité, grâce à Dieu », conclut Sokhna Fatim Mbengue.

Craintes et inquiétudes pour d'autres

Des artisans se trouvant aux abords du stade Iba Mar Diop craignent un manque à gagner pour eux.
Légende image, La Flamme olympique dans les rues de Dakar

Si généralement de nombreuses personnes interrogées apprécient l'organisation des JOJ, d'autres n'ont pas caché leurs inquiétudes.

Artisan cordonnier à la Médina, Ibrahima Thiam affirme être affecté par la tenue des JOJ. « Nous ne rencontrons que des difficultés à cause de ces JOJ. Nous avons de vrais problèmes depuis le début jusqu'à aujourd'hui », déclare-t-il.

Selon lui, les clients qui fréquentaient en grand nombre les abords du stade Iba Mar Diop, où étaient installés de nombreux artisans cordonniers, se font désormais rares.

« Depuis le début des travaux, nous ne voyons plus personne. Nous avons même des difficultés à payer le loyer de l'espace que nous occupons », explique-t-il.

« Nous sommes dans les difficultés. Et nous entendons des rumeurs. Si elles se confirment, ce sera une catastrophe pour nous. Certains disent que pendant les JOJ, nous devrons fermer nos lieux de vente », poursuit-il.

« S'ils nous obligent à fermer sans nous dédommager, que deviendrons-nous ? Nous avons des familles, des enfants à nourrir et des loyers à payer. Tout le monde connaît les difficultés auxquelles le pays est confronté. L'État doit nous accorder toute son attention », estime Ibrahima Thiam.

Il dit ne pas attendre grand-chose des JOJ si les commerces situés autour du stade Iba Mar Diop ne sont pas autorisés à rester ouverts durant l'événement.

« Nous souhaitons que ceux qui viennent pour les JOJ puissent acheter nos articles. Si la rumeur concernant la fermeture de nos cantines se confirme, alors qui verra notre travail ? »

« Sinon, quel est l'objectif ? Devons-nous arrêter nos activités et simplement les laisser organiser leurs Jeux ? Si c'est le cas, nous n'aurons que des problèmes », ajoute-t-il.

« Nous voulons qu'on nous laisse travailler. Que les visiteurs puissent découvrir nos produits, acheter et visiter le pays. C'est tout ce que nous demandons. Oui, le sport est une bonne chose, mais nous aussi avons besoin d'attention », conclut-il.

Restauratrice, Aïda Ba se montre également prudente et s'inquiète pour son activité, déjà affectée par le déguerpissement des artisans, commerçants et restaurateurs qui occupaient les abords du stade Iba Mar Diop, dans le quartier de la Médina.

« Tout le monde souhaite voir son pays progresser. Mais qu'on nous indique où nous pouvons nous installer ou qu'on nous apporte un soutien nous permettant de tenir jusqu'à la fin des JOJ, avant de reprendre nos activités, s'il s'avère que nous devons effectivement baisser le rideau », plaide-t-elle.