5 clés pour comprendre la crise des militaires salvadoriens en Haïti

Gros plan sur Nayib Bukele, le président du Salvador, faisant un geste de la main gauche, avec le drapeau salvadorien flou en arrière-plan. (Photo: MARVIN RECINOS / AFP via Getty Images)
Légende image, Le président salvadorien Nayib Bukele a lancé un ultimatum aux gangs haïtiens
    • Author, Leire Ventas
    • Role, Correspondant à Los Angeles pour BBC News Mundo
  • Published
  • Temps de lecture: 16 min

Depuis qu'un groupe de militaires salvadoriens, membres d'une coalition internationale, a été pris dans une embuscade en Haïti le 18 octobre, les interrogations autour de cette affaire ne cessent de se multiplier.

Le président Nayib Bukele a d'abord affirmé que les soldats avaient été pris en « otage » par les groupes criminels qui contrôlent presque entièrement la capitale, Port-au-Prince, et ses environs.

À cela s'est ajouté un ultimatum : les gangs devaient les remettre vivants, sous peine de faire face à une vaste opération militaire. « Nous avons déjà éliminé les gangs au Salvador, et nous pouvons aussi vous éliminer », a averti le chef de l'État.

Mais les opérations de recherche et de sauvetage menées par la mission multinationale, puis renforcées par l'envoi d'un contingent de forces spéciales depuis le Salvador, semblent n'avoir donné aucun résultat.

Plus d'une semaine après les faits, l'identité des soldats, leur localisation et leur état de santé restent inconnus.

Entre-temps, plusieurs corps calcinés auraient été découverts dans la zone où les militaires ont perdu leur trace. Alors que le président Bukele a rejeté l'hypothèse selon laquelle il s'agirait des soldats salvadoriens disparus, la Force de répression des gangs (GSF, selon son sigle anglais), à laquelle ils appartiennent, a déclaré ne pas être « en mesure de tirer des conclusions » à ce stade.

« C'est la première fois depuis des années qu'un incident sécuritaire en Haïti a et continuera d'avoir des répercussions internationales d'une telle ampleur », souligne Romain Le Cour, directeur de l'Observatoire d'Haïti de l'organisation Global Initiative (GI-TOC), interrogé à ce sujet par BBC Mundo.

Voici les principaux éléments pour comprendre une crise qui prend de l'ampleur au fil des heures.

1. Que sait-on des soldats salvadoriens disparus en Haïti ?

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À la mi-journée du 18 octobre dernier, quatre techniciens militaires salvadoriens ont été attaqués dans le quartier de Santo, à Croix-des-Bouquets, une localité située au nord de la capitale haïtienne, Port-au-Prince, et contrôlée par des gangs.

Les militaires, dont l'identité n'a pas été rendue publique, appartiennent à la Force de répression des gangs (GSF), une force multinationale déployée dans le pays pour lutter contre la violence qui y sévit.

Leur véhicule blindé a été pris pour cible par des tirs d'armes à feu et des explosifs, les contraignant à fuir, ont indiqué les Forces armées du Salvador (FAES) le même dimanche.

Selon l'armée salvadorienne, des militaires d'autres nationalités, engagés dans des opérations contre les gangs en Haïti, ont tenté de leur porter secours, mais ont eux aussi essuyé des tirs.

« Plusieurs tentatives d'approche par voie terrestre et aérienne ont été menées, mais elles ont été entravées par l'intensité des affrontements et les conditions de sécurité dans la zone », a déclaré la FAES.

Depuis, le lieu où se trouvent les quatre Salvadoriens et leur état restent inconnus. Mais le président Bukele, ainsi que plusieurs spécialistes de la situation en Haïti, estiment que les criminels qui contrôlent la zone pourraient les avoir pris en otage.

Un contingent de 70 membres des forces de sécurité du Salvador arrive à l’aéroport international Toussaint-Louverture, à Port-au-Prince, en Haïti, le 4 février 2025. (Photo de CLARENS SIFFROY/AFP via Getty Images)

« Bien que Santo, la localité où s'est produite l'attaque, soit sous le contrôle de Chen Mechan, le puissant gang 400 Mawozo opère également dans les environs et a envoyé des renforts dès le début des affrontements », explique Da Rin, analyste spécialisé sur Haïti au sein de l'International Crisis Group, une organisation qui analyse les violences dans plus de 60 pays et zones de conflit.

« Les Salvadoriens pourraient avoir été remis à ce gang, qui dispose de capacités de combat plus importantes », ajoute-t-il.

Dans un article publié samedi après-midi, The New York Times a rapporté que des restes calcinés découverts dans la périphérie de Port-au-Prince pourraient être ceux des militaires salvadoriens.

Le quotidien américain précise toutefois que, compte tenu de leur état, des analyses seraient nécessaires pour établir leur identité.

L'article cite quatre sources, dont l'organisation humanitaire Hero Client Rescue, qui aurait été « engagée pour récupérer les corps ».

Le président salvadorien, Nayib Bukele, n'a pas tardé à réagir. Dans un message publié le soir même, il a nié qu'il s'agisse des soldats salvadoriens.

« Ce ne sont pas nos hommes. Une ONG a remis des restes humains à l'aéroport, affirmant qu'ils appartenaient à nos quatre techniciens aéronautiques », a-t-il écrit sur le réseau social X.

« Les restes correspondent à un enfant, à un homme dont la taille est nettement supérieure à celle de nos techniciens aéronautiques et à une personne portant une partie de l'uniforme d'une armée qui n'est pas la nôtre. Des cartes d'identification et des uniformes militaires d'autres pays ont également été retrouvés parmi les restes », a-t-il ajouté.

De son côté, dans une vidéo publiée dimanche et adressée à Nayib Bukele, le chef de gang connu sous le nom de Lanmò San Jou une expression qui signifie « La mort ne connaît pas le jour où elle viendra » a affirmé que les quatre Salvadoriens étaient morts.

Il a présenté leur mort comme la conséquence d'« une erreur », après leur entrée sur le territoire contrôlé par un gang voisin, où des hommes armés auraient ouvert le feu.

BBC Mundo, qui n'a pas pu vérifier la vidéo de manière indépendante, a contacté la présidence salvadorienne pour savoir si de nouveaux éléments avaient été recueillis dans le cadre de l'enquête ou des opérations sur le terrain. À ce stade, elle n'avait pas encore reçu de réponse.

Des écolières en uniforme passent devant un véhicule blindé de transport de troupes de la Force de répression des gangs (GSF), soutenue par l’ONU, à Port-au-Prince, en Haïti, le 23 octobre 2026. (Photo: REUTERS/Patrice Noel)
Légende image, La GSF a rencontré des difficultés pour achever son déploiement.

La GSF, de son côté, a préféré ne pas tirer de conclusions à ce stade.

Dans un communiqué publié quelques heures après le message de Bukele sur X, la force internationale a souligné qu'elle n'était « pas en mesure de confirmer que ces restes correspondaient au personnel porté disparu ».

Elle a également affirmé rester « ferme et déterminée » dans sa mission, précisant qu'elle communiquerait davantage d'informations « par les canaux officiels dès que des données vérifiées seraient disponibles ».

« La réaction du président Bukele doit être comprise à la lumière des enjeux qu'il a lui-même placés dans cette affaire », analyse Romain Le Cour, directeur de l'Observatoire d'Haïti de l'organisation Global Initiative (GI-TOC).

« Dès le début, il a présenté la situation comme une prise d'otages et s'est engagé à ramener les quatre hommes vivants. Reconnaître leur mort remettrait en question les fondements de l'opération qu'il a lancée », explique l'expert à BBC Mundo.

« La réaction de la GSF a été plus mesurée et elle a évité de prendre position. À ce stade, compte tenu des incertitudes, c'est probablement l'attitude la plus appropriée. Seule une procédure médico-légale officielle peut permettre d'établir les faits. D'ici là, les versions contradictoires diffusées publiquement ne servent les intérêts de personne », conclut-il.

2. Qu'est-ce que la Force de répression des gangs et quelle est la contribution du Salvador à cette force ?

La Force de répression des gangs (GSF) a été créée par le Conseil de sécurité des Nations unies en octobre 2025.

Elle a été mise en place pour remplacer la Mission multinationale d'appui à la sécurité (MMAS), dirigée par le Kenya, qui n'a pas réussi à endiguer les violences dans ce pays des Caraïbes.

La GSF rencontre des difficultés pour achever son déploiement. Prévue pour compter 5 500 membres, elle ne dispose actuellement que d'environ 2 000 hommes, originaires de pays comme la Mongolie, le Salvador, le Guatemala, la Jamaïque, le Sri Lanka et le Tchad.

L'envoi de militaires salvadoriens en Haïti a été envisagé après que le président Nayib Bukele eut publiquement exprimé, en mars 2024, sa volonté d'apporter son aide au pays des Caraïbes. Il avait toutefois posé trois conditions : l'adoption d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, l'accord du pays hôte et la disponibilité de financements pour l'opération.

Après la signature, en octobre de la même année, d'un accord entre le Salvador et Haïti devant l'Organisation des États américains (OEA), l'Assemblée législative salvadorienne a établi le cadre juridique autorisant l'envoi de personnel dans le pays des Caraïbes.

Le déploiement sur le terrain a débuté en janvier 2025, avec l'arrivée en Haïti d'un groupe de huit spécialistes de l'aviation. Un contingent de 70 militaires les a rejoints le 4 février 2025, selon des agences de presse internationales et des médias régionaux.

Des soldats faisant partie du contingent militaire salvadorien qui doit être déployé en Haïti dans les prochains jours participent à un entraînement de routine à la base de l’armée de l’air du Salvador, à Ilopango, le 8 septembre 2024. (Photo de Marvin RECINOS / AFP) (Photo de MARVIN RECINOS/AFP via Getty Images)
Légende image, En janvier 2025, un groupe de huit spécialistes salvadoriens de l'aviation est arrivé en Haïti, suivi en février d'un contingent de 70 militaires.

Sous l'appellation de Force opérationnelle Liberté II, le personnel salvadorien, composé de spécialistes de l'aviation et de l'appui opérationnel, assure notamment des évacuations médicales, le transport des blessés ainsi que la protection des aéronefs, des véhicules et des autres équipements des contingents internationaux.

Afin d'assurer la continuité de ces activités, l'Assemblée législative salvadorienne a adopté une loi transitoire prolongeant de 12 mois supplémentaires la présence de la mission militaire, jusqu'en octobre 2027.

« Notre mission est exclusivement composée de pilotes et de personnel technique, dont le rôle principal est d'effectuer des évacuations médicales et de sauver des vies, et non de faire la guerre », a déclaré Nayib Bukele dans un message publié mercredi sur le réseau social X.

« Pourtant, ils ont été lâchement enlevés alors qu'ils rentraient après avoir acheté de la nourriture dans un marché de la zone », a-t-il ajouté.

« Cette mission de répression des gangs illustre très bien la manière dont la communauté internationale considère Haïti », explique à BBC Mundo Juan Martínez, qui mène depuis 2023 des recherches sur Haïti, notamment sur les dynamiques de la gouvernance criminelle et de la résistance civile.

« Pour résoudre ce qui est probablement la plus grave crise de gouvernance que l'Amérique latine ait connue au cours des dernières décennies, on a envoyé un ensemble de pays très pauvres, dont les forces de sécurité font l'objet de graves accusations de violations des droits humains devant des juridictions interaméricaines et internationales », souligne cet anthropologue et journaliste.

« Cela révèle une logique très profonde sur ce que le monde estime qu'Haïti mérite », conclut-il.

3. Quelle est la situation en Haïti ?

Haïti est plongé depuis plusieurs années dans une grave crise, qui s'est aggravée après l'assassinat, en 2021, de son président de l'époque, Jovenel Moïse.

Depuis, les gangs ont étendu leur emprise territoriale. Ils contrôlent désormais plus de 80 % de la capitale, Port-au-Prince, et ont paralysé la plupart des institutions de l'État.

Les bandes criminelles sont regroupées au sein de Viv Ansanm, la plus importante coalition de groupes criminels jamais observée dans la région, selon l'anthropologue Juan Martínez. Elles ont perpétré des dizaines de massacres, dont certains ont fait plusieurs centaines de morts.

« Les gangs recourent de plus en plus aux enlèvements et aux violences aveugles pour dissuader les forces de sécurité de mener des opérations et faire pression sur les autorités afin qu'elles négocient », explique Diego Da Rin, de l'International Crisis Group.

« À Kenscoff, un gang a récemment tué des dizaines de personnes et en a enlevé une cinquantaine d'autres, menaçant de les exécuter si les forces de sécurité attaquaient ses positions », ajoute l'expert.

Selon les Nations unies, les violences des groupes armés ont entraîné le déplacement d'un nombre record de 1,5 million de personnes ces dernières années. Elles ont également fait plus de 5 700 morts et blessés entre janvier et la mi-septembre, tandis que plus de 230 personnes ont été enlevées.

Toutefois, l'attaque contre les militaires salvadoriens constitue une première de cette nature contre la force internationale. Elle survient alors qu'Haïti se prépare à organiser ses premières élections générales depuis plus de dix ans.

Prévues le 13 décembre, ces élections restent néanmoins incertaines.

Un piéton marche dans une rue difficilement praticable du centre de Port-au-Prince, en Haïti, le 24 octobre 2026. (Photo de Guerinault Louis/Anadolu via Getty Images)

4. En quoi consiste l'opération de « sauvetage » que Bukele a décidé de renforcer ?

La GSF a indiqué vendredi que le gouvernement de Nayib Bukele avait envoyé un contingent militaire en Haïti pour participer aux recherches des quatre soldats salvadoriens toujours portés disparus.

Elle a précisé que les opérations étaient menées « en étroite coordination avec la Police nationale d'Haïti et les autres partenaires opérationnels concernés ». Elle a également appelé les habitants du quartier de Santo à éviter les zones où se déroulent les opérations.

Sans donner davantage de détails sur ces renforts, The Miami Herald a rapporté que « 100 soldats des forces spéciales du Salvador » étaient arrivés dans le pays jeudi.

Depuis, plusieurs vols transportant du personnel en provenance du Salvador auraient atterri en Haïti. Selon le quotidien américain, les effectifs déployés auraient atteint 450 militaires samedi.

Le gouvernement salvadorien n'a pas confirmé ces informations. Toutefois, mardi, Nayib Bukele a relayé sur le réseau social X un message affirmant que l'armée de l'air colombienne participait au transport de militaires salvadoriens vers Haïti.

Ce déploiement intervient après que le président salvadorien a exhorté les organisations criminelles à libérer les soldats qu'il qualifie d'« otages ». Mais cette opération soulève plusieurs interrogations chez les spécialistes de la situation haïtienne.

« Sous quel commandement les forces spéciales salvadoriennes opèrent-elles et quelles règles encadrent leur intervention ? Comment la GSF coordonne-t-elle désormais ses actions avec la police haïtienne et sa force opérationnelle, qui comprend la société militaire privée Vectus Global et mène des frappes de drones ? », s'interroge Romain Le Cour, de l'organisation Global Initiative.

BBC Mundo a interrogé la GSF sur les éventuels progrès des opérations de recherche et de sauvetage, le nombre de militaires mobilisés et les éventuelles victimes. Le média a également demandé des précisions sur le processus d'identification des restes humains découverts samedi. Il n'avait toutefois reçu aucune réponse au moment de la publication.

De son côté, Nayib Bukele semble déterminé à poursuivre son action.

« Je veux que vous, les chefs de gangs, compreniez une chose très clairement : cette attaque n'est rien comparée à ce qui vous attend si nous ne récupérons pas nos quatre otages vivants », a-t-il averti dans un message publié sur X.

« Nous avons déjà éliminé les gangs au Salvador, et nous pouvons aussi vous éliminer. »

Des forces spéciales salvadoriennes patrouillent dans une rue de Port-au-Prince à bord de véhicules blindés, le 26 octobre 2026. Le Salvador a envoyé des forces spéciales en Haïti après la disparition de quatre de ses militaires, membres d’une force soutenue par l’ONU dans ce pays des Caraïbes, à la suite d’une embuscade tendue par des gangs, ont indiqué les autorités. (Photo de Clarens SIFFROY / AFP via Getty Images)

5. Bukele peut-il exporter en Haïti sa guerre contre les gangs ?

Dès mars 2024, Nayib Bukele avait affirmé que son gouvernement pouvait résoudre la crise croissante de la violence en Haïti. Il estimait qu'il lui suffisait pour cela d'« une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, du consentement du pays hôte et de la prise en charge de tous les coûts de la mission ».

Cette déclaration avait suscité de nombreuses critiques, similaires à celles provoquées aujourd'hui par son ultimatum aux groupes criminels haïtiens.

Certains ont toutefois apporté leur soutien au président salvadorien, à l'image de son homologue dominicain, Luis Abinader. Celui-ci a publié sur X le message suivant : « Je partage la position du président Nayib Bukele, que nous devons soutenir : défendre la dignité et la vie de ces quatre Salvadoriens qui sont allés travailler en République d'Haïti. »

Cependant, plusieurs voix mettent en garde le chef de l'État salvadorien : les gangs haïtiens n'ont pas grand-chose en commun avec les bandes criminelles qu'il a réussi à démanteler grâce à sa politique de fermeté.

Cette stratégie repose notamment sur un état d'exception en vigueur depuis quatre ans et sur une prison de haute sécurité.

Les maras, comme on les appelle également, sont apparues aux États-Unis dans les années 1980, au sein de la diaspora centraméricaine, avant de s'implanter en Amérique centrale à la faveur des expulsions massives de migrants.

« Elles étaient divisées en cellules relativement autonomes, appelées clicas, et accordaient depuis des années une grande importance à tout un univers symbolique, fait de tatouages, d'une sorte d'argot et d'une longue liste de signes d'identification », explique l'anthropologue Juan Martínez dans une vidéo publiée en collaboration avec le projet journalistique Dromómanos.

« Ces gangs étaient extrêmement violents et ont maintenu la population salvadorienne sous leur emprise pendant au moins deux décennies », poursuit Juan Martínez, qui a étudié leurs modes de fonctionnement pendant plusieurs années.

« À partir du milieu des années 1990, ils ont instauré un système de représailles réciproques : "Tu m'attaques, je t'attaque à mon tour." Ils ont également mis en place différents systèmes d'extorsion qui ont particulièrement frappé les populations les plus vulnérables », ajoute-t-il.

Des membres de gangs, le visage tatoué, regardent l’objectif depuis leurs cellules lors de la visite de la présidente du Costa Rica, Laura Fernández (hors champ), au Centre de confinement du terrorisme (CECOT), à Tecoluca, au Salvador. (Photo de Camilo Freedman/SOPA Images/LightRocket via Getty Images)

Cependant, ces gangs n'ont jamais disposé d'importantes capacités militaires ni d'armes de guerre. Une différence notable avec Viv Ansanm — « Vivre ensemble » en créole haïtien —, la coalition de bandes criminelles à laquelle la GSF est confrontée en Haïti.

« Les groupes criminels haïtiens ont adopté un profil qui se rapproche davantage de celui des milices. Ils contrôlent et administrent des territoires qui s'étendent sur des centaines de kilomètres, prélèvent des taxes sur la population et les activités commerciales, contrôlent les routes et les points de contrôle, et disposent d'armes et de munitions de qualité militaire », souligne Romain Le Cour, de l'organisation Global Initiative.

À cela s'ajoutent une police « débordée » et un système judiciaire qui ne fonctionne pas, poursuit l'expert. Mais surtout, il souligne que ces groupes « n'agissent pas seuls ».

« Ils se maintiennent grâce au soutien d'acteurs politiques, économiques et, dans certains cas, de membres des forces de sécurité, qui les appuient lorsque cela sert leurs intérêts. Pourtant, ces réseaux restent en grande partie intouchables : très peu ont fait l'objet d'enquêtes et presque aucun n'a été poursuivi en justice », conclut-il.

Face à cette situation, « Le Salvador peut envoyer la moitié de son armée, mais les gangs haïtiens vont les dévorer comme des poulets », a déclaré la semaine dernière Santiago Riverón, maire de Dajabón, une commune dominicaine située à la frontière avec Haïti, dans des propos rapportés par le quotidien Listín Diario.

Le chef de gang Jimmy Chérizier, surnommé « Barbecue ». (Photo: Giles Clarke/Getty Images)
Légende image, Le chef de gang Jimmy Chérizier, connu sous le surnom de « Barbecue ».

« À ce stade, et connaissant la manière dont les choses se règlent en Haïti, les chances que ces militaires soient encore en vie sont minimes. Il n'y a donc aucune possibilité de négociation. Ce qui se profile, c'est un affrontement armé entre les troupes salvadoriennes et les gangs (…) », a écrit sur X Humberto Salazar, analyste et ancien membre du Parti de la libération dominicaine.

Face à ce type de commentaires, Nayib Bukele a répondu vendredi sur X qu'il poursuivrait son plan sans en tenir compte.

« De nombreux messages, analyses et commentaires affirment que les gangs haïtiens ne sont pas comme ceux du Salvador ; qu'ils sont sanguinaires, lourdement armés, que personne n'a réussi à les vaincre, que toutes les missions ont échoué, que nous tombons dans un piège, que nous ne savons pas à quoi nous nous attaquons, que ce sera notre perte et que nous marchons vers notre Waterloo », a-t-il commencé.

« Mais lorsque Dieu nous accordera la victoire, ceux qui tiennent aujourd'hui ces propos changeront de discours. Ils diront que cela a toujours été facile, que n'importe qui aurait pu le faire et que les gangs haïtiens n'étaient pas aussi dangereux qu'on le pensait. »