Comment l'ancien président iranien Ahmadinejad est-il devenu l'un des mystères les plus étranges de la guerre en Iran ?

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- Author, Saeid Jafari
- Role, Analyste politique
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- Temps de lecture: 9 min
« Vous devez savoir que ce régime haï (Israël) est sur la pente de l'effondrement et que, par la grâce de Dieu, il s'écroulera, sans qu'aucun facteur ne puisse le sauver. Ce régime est arrivé au bout de son parcours et sera bientôt rayé de la carte. »
Pendant des années, des déclarations comme celle-ci ont fait de l'ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad l'une des figures anti-israéliennes les plus connues au monde.
Il a remis en cause l'Holocauste, qualifié Israël de « régime artificiel » et défendu la poursuite du programme nucléaire iranien malgré les sanctions.
Ces positions ont conduit les responsables israéliens à le citer fréquemment pour expliquer pourquoi ils estimaient que l'Iran représentait une menace réelle.
Cependant, le quotidien américain The New York Times a rapporté que, dans leur « planification d'après-guerre », les États-Unis et Israël avaient envisagé un scénario dans lequel Ahmadinejad pourrait rompre avec l'establishment sécuritaire iranien et émerger comme un futur leader potentiel.
Mais le plan a échoué, selon le journal, car Ahmadinejad aurait été blessé lors d'une attaque visant à le libérer de son assignation à résidence au début de la guerre.
Ahmadinejad et ses collaborateurs n'ont pas répondu à ces affirmations et leur localisation reste inconnue.
La nouvelle a été accueillie avec scepticisme par les analystes américains et israéliens, qui se demandent pourquoi l'un ou l'autre de ces pays envisagerait de travailler avec une personne associée depuis longtemps à une rhétorique extrêmement anti-israélienne.
Cette contradiction apparente a également conduit certains à se demander si l'image d'Ahmadinejad n'a pas toujours été plus complexe qu'il n'y paraît.

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Un ennemi utile pour Israël ?
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Pour comprendre à quel point la situation est délicate, il faut remonter aux années où Ahmadinejad a commencé à gagner en influence sur la scène politique iranienne.
En 2003, il a été élu maire de Téhéran alors qu'il était un homme politique pratiquement inconnu. En 2005, il est arrivé au pouvoir en tant que président, avec le soutien apparent du Guide suprême, Ali Khamenei.
Au cours de sa campagne électorale, il a utilisé des slogans sur la justice, la simplicité et la lutte contre la corruption, mais il est rapidement devenu une figure mondiale, non pas pour ses politiques intérieures, mais pour ses commentaires sur Israël, les États-Unis et l'Holocauste.
En octobre 2005, lors de la conférence « Un monde sans sionisme », qui s'est tenue à Téhéran, Ahmadinejad a déclaré : « Un monde sans États-Unis et sans sionisme est possible. »
Environ un an plus tard, Téhéran a également accueilli la très controversée Conférence internationale sur la réévaluation de la vision globale de l'Holocauste, un événement auquel ont participé des négationnistes notoires du génocide des Juifs et qui a déclenché une vague de réactions internationales.
Des années plus tard, certains responsables et analystes israéliens ont ouvertement affirmé qu'Ahmadinejad, avec sa rhétorique dure et son négationnisme, avait en fait agi en faveur d'Israël.
En 2008, Efraim Halevy, ancien chef du Mossad, l'a décrit comme « le plus beau cadeau de l'Iran à Israël », soulignant que ses déclarations incitaient le monde à prendre au sérieux la menace iranienne.
Les partisans d'Ahmadinejad ont rejeté cette affirmation et ont fait valoir qu'il menait simplement une politique agressive et idéologique de confrontation avec Israël et l'Occident.

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Un changement d'image après avoir quitté le pouvoir
Après avoir quitté ses fonctions en 2013, Ahmadinejad est entré dans un conflit croissant avec le Guide suprême Ali Khamenei et avec des acteurs de l'appareil de sécurité iranien, notamment le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).
Par la suite, le Conseil des gardiens de l'Iran lui a interdit à plusieurs reprises de se présenter aux élections présidentielles.
En réponse à l'article du New York Times, Raz Zimmt, directeur du programme « Iran et l'axe chiite » à l'Institut d'études de sécurité nationale d'Israël, a déclaré dans une publication sur X qu'Ahmadinejad avait l'habitude d'adopter des positions contradictoires et inattendues.
« Pendant sa présidence, Ahmadinejad a incarné un mélange de populisme et d'opportunisme », a-t-il écrit.
Ces dernières années, sur les réseaux sociaux, Ahmadinejad a également modifié son image internationale : il tweetait en anglais, a félicité l'équipe de football américain de l'université du Michigan et a cité le légendaire rappeur américain Tupac Shakur.
Il a même félicité le président américain Donald Trump pour « sa lutte contre la corruption politique aux États-Unis ».
Bien que Zimmt reconnaisse cette tentative de se forger une image plus modérée en Iran et auprès du public occidental, il a affirmé qu'Ahmadinejad n'avait jamais bénéficié d'un soutien suffisant pour s'emparer du pouvoir dans un pays de plus de 90 millions d'habitants.
Scepticisme parmi les experts américains
Trois experts américains interrogés par le service persan de la BBC ont également émis des doutes quant à l'existence d'un « plan opérationnel sérieux » visant à ramener Ahmadinejad au pouvoir.
Max Abrahms, professeur de sciences politiques à la Northeastern University et spécialiste de la lutte contre le terrorisme, estime que ces informations doivent être considérées avec « beaucoup de scepticisme », en raison du niveau élevé de désinformation lié à la guerre.
Il estime peu probable qu'Israël se réjouisse du retour d'Ahmadinejad, compte tenu de son déni de l'Holocauste et de son rôle dans l'avancement du programme nucléaire iranien, tandis que pour Trump, Ahmadinejad ne cadrerait pas avec le scénario d'un changement de régime réussi.
Ilan Berman, de l'American Foreign Policy Council, juge lui aussi peu probable l'idée d'un plan crédible entre les États-Unis et Israël. Il affirme que, même si le nom d'Ahmadinejad avait été évoqué comme candidat à la direction, ce ne serait pas l'option privilégiée.
Michael Rubin, de l'American Enterprise Institute, qualifie ce récit de « fantaisiste » et affirme que le New York Times s'appuie trop sur des sources anonymes.
Il soutient toutefois que beaucoup en Occident ne comprennent toujours pas qu'Ahmadinejad exerçait un certain attrait sur certains secteurs de la société iranienne.
De son côté, le New York Times a indiqué dans X qu'il avait « pleinement confiance » dans son reportage et a souligné qu'il s'appuyait sur des entretiens avec des responsables américains, israéliens et iraniens ainsi que d'autres sources bien informées.

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Les réactions en Israël
Certains experts israéliens en matière de sécurité se sont penchés sur ce qu'un tel scénario révélerait de la compréhension qu'a Israël de l'Iran.
Danny Citrinowicz, de l'Institut d'études sur la sécurité nationale, a écrit sur X que toute tentative visant à « couronner » Ahmadinejad refléterait une profonde méconnaissance du système politique iranien.
Il a affirmé qu'Ahmadinejad ne disposait d'aucune base de pouvoir réelle et qu'il ne bénéficierait jamais du soutien du Corps des gardiens de la révolution islamique ; il ne pourrait donc prendre le pouvoir que si l'ensemble du système de pouvoir actuellement en place en Iran s'effondrait, ce que les attaques américaines et israéliennes n'ont pas réussi à provoquer.
Yossi Melman, un analyste israélien chevronné en matière de sécurité, a également écrit sur X : « Cette histoire est complètement folle à plusieurs niveaux. »
Il a déclaré que toute idée selon laquelle l'effondrement du régime pourrait être précipité par des soulèvements de minorités et des frappes aériennes démontrerait que les stratèges israéliens et américains « vivaient dans un monde imaginaire ».

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Pourquoi a-t-on mentionné le nom d'Ahmadinejad ?
Malgré toutes ces incertitudes, la question demeure : pourquoi Ahmadinejad ?
La réponse réside peut-être dans la combinaison inhabituelle de trois de ses traits de caractère : sa notoriété, son expérience interne et sa distance par rapport au Guide suprême.
Ahmadinejad est très connu en Iran, il possède une expérience de la gestion d'un gouvernement, il comprend le langage des classes populaires et il connaît bien les mécanismes du pouvoir au sein de la République islamique.
Dans le même temps, ses différends avec Khamenei font qu'il n'est pas considéré comme un simple membre du régime.
Du point de vue de certains experts en politique étrangère, ces caractéristiques auraient pu faire de lui une figure utile en période de chaos, non pas en tant qu'allié, mais en tant que figure temporaire destinée à créer des divisions au sein de la structure du pouvoir.
Qui est vraiment Ahmadinejad ?
Certains critiques et commentateurs iraniens affirment que le comportement d'Ahmadinejad au fil des ans — depuis sa présidence et ses voyages controversés à l'étranger jusqu'à son silence pendant la récente guerre — a soulevé de nouvelles questions quant à sa position politique.
Ils affirment que ses politiques ont contribué à isoler l'Iran sur la scène internationale, ont exacerbé la crise nucléaire et, en fin de compte, ont fourni à Israël certains de ses arguments politiques les plus efficaces contre Téhéran.
L'article du New York Times a ravivé ces débats, et ce n'est pas la première fois.
Pendant sa présidence, il a bâti sa légitimité en accusant de sédition des figures réformistes de premier plan et d'anciens hauts responsables, une accusation liée aux manifestations massives qui ont suivi les élections controversées de 2009.
Cependant, après avoir quitté le pouvoir, les médias iraniens ont rapporté qu'il avait cherché à se réconcilier avec ces personnalités et avait même tenté d'organiser une rencontre avec l'un de ses prédécesseurs, bien que cette initiative ne se soit jamais concrétisée.
Cette apparente disposition à changer de position et à redéfinir ses alliances plutôt que de s'en tenir à des lignes idéologiques rigides pourrait simplement refléter sa tentative de manœuvrer au milieu de luttes de pouvoir internes, plutôt que de révéler des liens cachés avec des puissances étrangères.
En effet, il n'existe aucune preuve concrète reliant Ahmadinejad à Israël ou aux États-Unis.
Mais la contradiction fondamentale persiste : un homme politique longtemps défini par sa rhétorique anti-israélienne virulente est désormais, selon certaines informations, présenté comme une option potentielle pour l'avenir de l'Iran, ce qui ravive l'une des questions les plus récurrentes de la politique iranienne : comment faut-il comprendre Ahmadinejad ?


























