Quand les vêtements de luxe de seconde main retrouvent une ''seconde vie'' au Sénégal

Une photo d'une cliente qui cherche une robe de luxe dans la boutique de Maket.
Légende image, Fatou Dieng à droite montre une robe à une cliente à gauche dans sa boutique.
    • Author, Abdou Aziz Diédhiou
    • Role, BBC News Afrique
    • Author, Maty Sy
    • Author, Ousseynou Ndiaye
  • Published
  • Temps de lecture: 8 min

Sandaga, HLM ou Colobane, ces grands marchés traditionnels de Dakar qui drainent quotidiennement des milliers de personnes à la recherche de divers articles, de vêtements neufs ou de seconde main, ne sont plus les seuls lieux incontournables de commerce de la capitale sénégalaise.

Maket, une petite startup née en 2025, séduit de plus en plus de monde en ligne et dans sa boutique en mettant des vêtements et accessoires de luxe de seconde main, à la disposition d'une clientèle fan de luxe.

De nombreuses femmes vont acheter ou revendre leurs vêtements de luxe à Maket.
Légende image, Une composition de trois photos prises dans la boutique Maket

Dans sa boutique sise au quartier Sacré-Cœur III de Dakar, vendeurs et acheteurs majoritairement des femmes, viennent s'offrir ou écouler leurs vêtements et autres accessoires de luxe en parfait état, dans l'anonymat total. Chacune trouvant son compte.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'idée de mettre en place une plateforme de commerce pour des vêtements de luxe de seconde main, séduit de plus en plus de monde en Afrique de l'Ouest en général et au Sénégal en particulier où on trouve des articles de seconde main de créateurs nigérians et ghanéens dans une boutique dakaroise.

En discutant avec la promotrice de la plateforme Maket, propriétaire de la boutique, nous avons compris que l'idée est de donner une seconde vie aux vêtements et autres accessoires de luxe qui nous ont fait tant plaisir, en les mettant sur le marché, à la disposition de ceux qui cherchent à s'en procurer, sans forcément se ruiner.

Cette tendance qui monte dans les habitudes de consommation en Afrique fait des heureux au Sénégal et certainement dans d'autres régions du continent.

Si vous revendez, par exemple votre belle robe tailleur griffée ou achetez une belle jupe d'un célèbre créateur africain ou européen de seconde main, mise en vente par un inconnu, vous repartez satisfaite, quoiqu'il en soit.

Lorsque vous la mettrez un jour, beaucoup de gens vous trouveront très stylée et branchée. Votre objectif de rester collée à la mode même avec un budget moyen, sera atteint.

Chacun peut goûter au luxe au moment opportun

Une cliente de Maket à la recheche d'une tenue haute de gamme.
Légende image, Une cliente en compagnie de Fatou Dieng dans la boutique Maket
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En partance pour une conférence internationale à Nairobi, Racky Dasse-Alyfa Toys a fait un tour à la boutique Maket de Sacré-Cœur III.

À la recherche d'un vêtement haut de gamme et pas très cher, elle a jeté son dévolu sur ce lieu de vente de la plateforme de commerce en ligne de vêtements de luxe de seconde main, au cœur de la capitale sénégalaise.

''Je suis venue à Maket pour pouvoir trouver un vêtement qui pourra être abordable et surtout confortable également'', explique Racky Dasse-Alyfa Toys.

Habituée des lieux, elle trouve ''excellente l'idée de donner une seconde vie'' aux vêtements et autres accessoires de luxe.

''Ça a un volet économique, mais également un volet environnemental'', dit-elle, en faisant allusion à cette forme de ''seconde vie'' donnée aux articles émanant de l'industrie du luxe, généralement hors de portée de la majorité des consommateurs africains.

Séduite par cette idée, elle veut désormais mettre en vente certains de ses habits avec un objectif précis.

''J'ai pas mal de vêtements à la maison qui ne servent à rien, qui sont là-bas posés depuis des années. Donc, je vais venir les déposer à Maket pour pouvoir gagner un peu d'argent, en même temps sauver la planète'', renseigne Racky.

Trouvée sur les lieux, Mami Dioume, une autre cliente apprécie positivement également la perspective de donner une seconde vie aux vêtements et autres accessoires de luxe.

''Je choisis les pièces que je souhaite revendre en prenant celles que je ne porte plus, qui sont là dans l'armoire et que je n'utilise plus'', déclare Mami Dioume.

''En regardant Maket, je me dis 'ah pourquoi pas vendre mes vêtements aussi.' Ce qui est bien, c'est que j'achète sans culpabiliser. Je peux acheter comme je peux revendre mes vêtements et je peux obtenir un crédit aussi en revendant. Donc je rachète automatiquement sans débourser beaucoup d'argent'', déclare-t-elle.

Interrogée sur les idées reçues qui entourent tout ce qui touche aux articles de seconde main au Sénégal, plus particulièrement les habits, Mami Dioume affirme que ce débat est posé par certains par rapport au ''maraboutage'' ici en Afrique.

''Le fait que certains estiment que les habits de seconde main ne sont pas hygiéniques, que leur qualité laisse à désirer'' relève pour elle de l'ordre ''des idées reçues''. ''C'est infondé'', dit-elle.

''Parce que là, je revends ou j'achète sans savoir à qui je vends ou qui achète mes vêtements, les habits'', déclare-t-elle, écartant de fait tout maraboutage d'une personne envieuse. Quant au soi-disant manque d'hygiène, elle déclare que les ''habits sont amenés au nettoyage et ils sont de très bonne qualité''.

Par ailleurs, ''ça me permet de découvrir d'autres créateurs que je ne connaissais pas et qui ne sont pas accessibles d'habitude pour moi. Donc que du positif pour moi'' ajoute-t-elle.

Maket, une idée loin des sentiers battus

En dehors d'une plateforme de vente en ligne, Maket dispose d'une boutique à Sacré-Coeur III, un quartier résidentiel de Dakar.
Légende image, Maket a été lancé en 2025 à Dakar.

Maket n'est autre qu'une plateforme électronique de commerce. Lancée en 2025 à Dakar, elle fonctionne comme une place de marché anonyme de type « peer-to-peer » (de particulier à particulier) pour les vêtements, les chaussures, les sacs et les accessoires de luxe.

''Nous connectons acheteurs et vendeurs à travers l'Afrique de l'Ouest pour rendre la mode de qualité accessible tout en construisant une économie circulaire'', explique Fatou Dieng, fondatrice de Maket qui perçoit un ''changement de mentalité'' en Afrique par rapport aux vêtements et articles de seconde main.

''Avant, on se disait on va garder telle tenue, peut-être qu'elle ne nous va plus, on a grossi ou on a maigri etc., ou sinon, juste parce que cette tenue a de la valeur on voudrait la garder. Mais maintenant, les mentalités changent et les gens se disent que ces tenues-là peuvent servir à d'autres personnes, qui n'ont peut-être pas les moyens de se les offrir'' ou se disent ''qu'ils vont gagner de l'argent et acquérir de nouvelles pièces'', explique-t-elle.

Interrogée sur l'engouement envers le luxe seconde main, Fatou Dieng pense que les gens se disent en venant chez Maket qu'ils ''peuvent trouver des habits qui ont des histoires et surtout des pièces uniques'' indiquant recevoir ''des pièces de partout en Afrique, des designers nigérians, ghanéens'' qu'ils (consommateurs) ne peuvent peut-être pas trouver ailleurs sur le marché''.

Pour elle, derrière cette tendance, se trouve aussi une certaine prise de conscience des gens qui préfèrent venir acquérir ces articles-là qui ont ''une histoire, qui racontent une seconde vie et surtout éviter de polluer et d'acheter du neuf''.

Pour garantir la sécurité et la qualité du service, Maket veille à toute la logistique des transactions et à la désinfection professionnelle des articles et préserve l'anonymat des acheteurs et vendeurs.

De la finance, aux vêtements de luxe seconde main

Fatou Dieng, la promotrice de Maket dans sa boutique
Légende image, Deux images de Fatou Dieng dans sa boutique

Fatou Dieng, la fondatrice de Maket explique que sa plateforme est née de son vécu personnel avec une plateforme de vente où sa clientèle consommait énormément.

''À un moment donné, les clients m'ont demandé de revendre leurs articles, ce qu'on a fait manuellement et on s'est rendu compte qu'il y avait un réel besoin et surtout un grand marché. C'est pour cela qu'on a décidé de revendre tous ces articles que les clients ne portaient plus et de leur redonner une seconde vie'', rappelle-t-elle.

Mais la vente de vêtements de luxe de seconde main n'était pas au départ son premier rêve.

Titulaire d'un master en finance d'entreprise à l'université de Paris-Est Créteil, en France, en 2012, Fatou Dieng a débuté sa carrière professionnelle en tant qu'assistante analyste de crédit au sein de la Community Bankers Association of Ohio (États-Unis), ensuite comme analyste de crédit chez Société Générale Corporate and Investment Banking, puis au Crédit Agricole.

En 2018, elle fait son retour à la Société Générale en tant qu'analyste métier numérique.

Quelques années plus tard, elle lance Maket en 2025 au Sénégal et espère démocratiser le luxe de seconde main auprès des consommateurs qui étaient jusque-là exclus de ce secteur, ou devaient se contenter de la contrefaçon.