Ebola en RDC : « On a vraiment peur », quand le discours rassurant se heurte à l'angoisse

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Officiellement annoncée par le gouvernement le vendredi 15 mai 2026, après confirmation obtenue la veille par l'Institut national de recherche biomédicale (INRB), l'épidémie d'Ebola liée à la souche Bundibugyo affecte les provinces de l'Ituri et du Nord-kivu dans le nord-est de la République démocratique du Congo.

Le nombre de cas d'Ebola continue d'augmenter en République démocratique du Congo, tandis que les autorités s'efforcent de contenir l'épidémie.

À ce jour, on dénombre 159 décès, mais les autorités craignent que le nombre réel ne soit plus élevé. Le ministre de la Santé a annoncé que 51 nouveaux cas avaient été confirmés. Les équipes d'intervention ont par ailleurs identifié 626 personnes susceptibles d'avoir été exposées au virus.

Des morts qui rappellent le douloureux souvenir des épidémies précédentes dont la plus longue, qui a duré de 2018 à 2020, a tué plus de 2 000 morts selon les Nations unies.

« Ebola nous a fait souffrir. J'ai peur, parce que les gens meurent très vite. Nous avons vraiment très peur », se confie une habitante de l'Ituri, l'une des zones touchées par le virus.

Trois zones de santé sont concernées : Mongbwalu, Rwampara et Bunia, avec un épicentre situé dans la localité minière de Mongbwalu. Un cas a également été signalé dans la ville de Goma ainsi que celle de Butembo.

Le ministre précise que cette souche, différente du variant Zaïre, ne dispose pas encore de vaccin. Les symptômes sont généralement moins spectaculaires, avec des manifestations hémorragiques progressives. Le taux de létalité est également plus faible.

Selon le Dr Muyembe, le virologue qui a codécouvert Ebola en 1976, la souche Bundibugyo présente une mortalité d'environ 40 %, inférieure à celle de la souche Zaïre, qui peut dépasser 80 %.

Une propagation favorisée par des croyances locales

Selon les autorités, la propagation initiale de la maladie est liée à des croyances erronées.

Le ministre de la Santé évoque un cas survenu lors de funérailles : le cercueil d'un défunt s'étant détérioré, la dépouille a été manipulée et transférée, exposant les proches au virus. Par la suite, une croyance s'est installée dans la communauté, attribuant les contaminations à un phénomène mystique plutôt qu'à une infection virale.

« Beaucoup pensaient être poursuivis par le cercueil, croyant à de la sorcellerie », explique-t-il.

Or, rappelle-t-il, Ebola est une maladie virale qui se transmet notamment lors de contacts avec des corps contaminés, en particulier lors de rites funéraires non sécurisés.

Les autorités sanitaires insistent sur l'importance de signaler rapidement les cas suspects et de tracer les contacts. Elles rappellent également le rôle des mesures de prévention et de contrôle des infections (PCI).

Les analyses génétiques indiquent que le virus provient d'une nouvelle transmission d'origine forestière, et non d'une résurgence d'un ancien cas.

Une vie quotidienne maintenue en Ituri

Malgré l'épidémie, aucune restriction majeure n'a été imposée.

Interrogé par la BBC, le porte-parole militaire de l'Ituri, le lieutenant Jules Ngongo, affirme que les activités quotidiennes se poursuivent : écoles, églises et marchés restent ouverts, et les frontières ne sont pas fermées.

« Nous misons sur la sensibilisation et l'engagement communautaire », explique-t-il.

Des points de contrôle ont toutefois été installés aux entrées et sorties pour limiter la propagation. Selon les autorités locales, la population respecte globalement les consignes sanitaires, allant même au-delà des protocoles en adoptant le port du masque.

Malgré ces mesures annoncées par les autorités, certaines populations de l'Ituri cachent mal leur angoisse : « C'est normal d'avoir peur face à une maladie comme celle-là. Ce serait bon qu'ils nous fournissent des masques pour nous protéger. »

Ainsi, elles tentent de s'adapter et faire barrage au virus selon leurs moyens : « Je vais me protéger en me lavant les mains avec de l'eau courante chaque fois que je vais aux toilettes. »

Le gouverneur militaire, le général Johnny Luboya Nkashama, appelle de son côté au calme, à la vigilance et au signalement rapide des cas suspects.

Les autorités rappellent que la majorité des épidémies d'Ebola en RDC ont été maîtrisées grâce aux mesures de santé publique : isolement rapide, traçage des contacts, protection du personnel soignant et enterrements sécurisés.

Une psychose provoquée par la mort d'un soignant

Le décès d'un infirmier au centre hospitalier de Salama a suscité une forte inquiétude dans la zone de santé de Rwampara.

Selon l'administrateur du centre, Willy Beiza, le soignant présentait des symptômes compatibles avec Ebola, sans confirmation officielle à ce stade, les résultats d'analyse étant toujours attendus.

Face à cette situation, l'hôpital a renforcé les mesures de prévention, notamment avec l'installation d'une zone d'isolement temporaire pour les cas suspects.

Les patients présentant de la fièvre sont désormais isolés et observés pendant plusieurs heures. Une aggravation des symptômes entraîne une alerte immédiate dans le système sanitaire.

Les responsables insistent sur le respect strict des mesures barrières : lavage régulier des mains, prise systématique de la température et limitation des contacts physiques.

Une riposte renforcée par les partenaires internationaux

La Banque mondiale, via le projet HEPRR, a déployé 19 experts à Bunia pour appuyer les équipes locales dans la coordination, la surveillance, le laboratoire, la prise en charge et la communication des risques. Le Projet de Préparation, de Réponse et de Résilience face aux Urgences Sanitaires (HEPRR), est un projet du Gouvernement financé par cette institution de Bretton Woods, apporte un appui déterminant au ministère de la Santé Publique via l'Institut National de Santé Publique (INSP) pour renforcer les capacités opérationnelles de la province. Cet appui permet notamment le déploiement à Bunia de 19 experts chargés d'accompagner les équipes provinciales dans les domaines de la coordination, de la surveillance, du laboratoire, de la prise en charge, de la prévention et du contrôle des infections, ainsi que de la communication des risques et de l'engagement communautaire. Au total, 16 tonnes de matériel médical ont été réceptionnées.

De son côté, l'UNICEF a fourni 14 tonnes d'équipements, destinés essentiellement à la prévention et au contrôle des infections.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) examine également les vaccins et traitements potentiels pouvant être utilisés contre cette souche. Elle a acheminé 11,5 tonnes de fournitures médicales supplémentaires, incluant équipements de protection, kits médicaux et matériel d'hygiène. Plus de 35 experts sont déjà déployés, tandis que d'autres équipes sont en cours d'envoi. La MONUSCO apporte un soutien logistique, notamment par voie aérienne, pour faciliter l'acheminement du matériel.

Cette épidémie survient dans un contexte difficile, marqué par l'insécurité, la mobilité des populations et l'activité minière, autant de facteurs favorisant la transmission.