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Les changements apportés à la Coupe du monde ont-ils rendu les derniers matches de la phase de groupes injustes ?
- Author, Dale Johnson
- Role, Correspondant football
- Published
- Temps de lecture: 12 min
La phase de groupes de la Coupe du monde 2026 a longtemps donné l'impression d'être une formalité pour les grandes nations et de manquer de suspense.
Avec 32 des 48 équipes qualifiées pour les seizièmes de finale, il semblait en effet plus difficile de sortir de la compétition que de poursuivre l'aventure.
Mais à l'approche de la fin de la deuxième journée, les supporters commencent à mesurer l'impact de deux changements majeurs dans le règlement de cette nouvelle formule.
Le premier concerne le critère de départage. Pour la première fois dans l'histoire de la Coupe du monde, les confrontations directes seront prioritaires sur la différence de buts en cas d'égalité de points entre plusieurs équipes. Le deuxième changement est l'introduction d'une qualification des meilleurs troisièmes, une nouveauté qui n'avait plus été utilisée depuis le Mondial 1994. Les huit meilleures équipes classées à cette position décrocheront ainsi leur billet pour la phase à élimination directe.
Ce nouveau système modifie profondément la dynamique des groupes. Désormais, une équipe peut assurer sa première place, ou au contraire être éliminée, dès la deuxième journée.
Neuf sélections savent déjà qu'elles n'auront plus d'enjeu sportif lors de leur dernier match de poule.
L'Argentine en est l'un des exemples les plus marquants. Avec six points dans le groupe J, les champions du monde en titre sont assurés de terminer en tête, car ils ont déjà battu les deux équipes qui comptent trois points derrière eux, l'Autriche et l'Algérie. A l'inverse, la Jordanie, battue par ces deux mêmes adversaires, est déjà éliminée avec zéro point.
Avec l'ancien système basé en priorité sur la différence de buts, chaque équipe aurait encore eu une chance de se qualifier avant la dernière journée.
Cette situation soulève une question importante : les équipes déjà qualifiées risquent-elles d'aborder leur dernier match avec moins d'intensité, voire d'aligner une équipe remaniée face à des adversaires encore en quête de qualification ?
La course aux places de meilleurs troisièmes apporte également une nouvelle dose d'incertitude. En raison du nombre inédit de groupes, la dernière journée de la phase de poules s'étale sur cinq jours. Certaines équipes devront donc jouer sans connaître précisément le nombre de points nécessaire pour figurer parmi les huit meilleurs troisièmes.
L'Écosse, par exemple, a affronté le Brésil mercredi sans savoir quel total sera nécessaire pour espérer continuer son parcours. Les équipes qui joueront plus tard dans le calendrier auront, elles, un avantage stratégique : elles connaîtront davantage les résultats de leurs concurrents et sauront exactement ce qu'elles doivent obtenir.
Une chose est certaine : la dernière semaine de cette phase de groupes sera très différente de celles des précédentes Coupes du monde. Entre calculs, confrontations directes et course aux places de meilleurs troisièmes, chaque match pourrait désormais avoir une importance bien plus complexe à mesurer.
La FIFA adopte le modèle de l'UEFA, mais les conséquences semblent très différentes
Utiliser les confrontations directes comme premier critère de départage n'est pas une nouveauté dans le football international. L'UEFA l'applique depuis plusieurs années dans ses compétitions, avec une logique simple : privilégier le résultat du match entre les équipes concernées plutôt que de laisser la différence de buts être influencée par des scores parfois très larges face à d'autres adversaires.
Depuis 2016, le Championnat d'Europe utilise également un format proche de celui de la Coupe du monde 2026, avec la qualification de certaines équipes classées parmi les meilleurs troisièmes. Mais malgré ces similitudes, les effets observés dans le tournoi de la FIFA semblent beaucoup plus marqués.
Lors de l'Euro 2016, l'Italie avait terminé en tête de son groupe tandis que l'Ukraine avait été éliminée après seulement deux rencontres.
A l'Euro 2020, un seul groupe avait connu une situation similaire, avec notamment un scénario bloqué entre les Pays-Bas et la Macédoine du Nord.
En 2024, le Portugal et l'Espagne avaient assuré leur qualification en tête de leur groupe alors que la Pologne était déjà éliminée.
Au total, les trois dernières éditions de l'Euro avaient enregistré sept équipes soit déjà qualifiées, soit éliminées après deux journées. A elle seule, la Coupe du monde 2026 en compte déjà neuf.
Parmi elles, plusieurs grandes nations ont déjà sécurisé leur position. Le Mexique, les États-Unis, l'Allemagne et l'Argentine sont considérés comme des vainqueurs de groupe potentiels, tandis que Haïti, la Turquie, la Tunisie, la Jordanie et le Panama savent qu'ils ne poursuivront pas la compétition.
Certains matches de la troisième journée auront donc une saveur particulière. Les États-Unis affronteront la Turquie dans une rencontre opposant une équipe déjà qualifiée à une sélection éliminée, tandis que l'Argentine rencontrera la Jordanie dans une situation comparable.
A titre de comparaison, lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar, seules deux équipes -le Canada et le Qatar - avaient été éliminées après leurs deux premiers matches.
Si l'on appliquait rétroactivement le système actuel - confrontations directes prioritaires et qualification des meilleurs troisièmes - à l'édition précédente du Mondial, les conséquences auraient été importantes.
La France, le Brésil et le Portugal se seraient qualifiés en tant que vainqueurs de groupe après deux matchs, soit un total de cinq équipes concernées.
Pourquoi une telle différence ? Plusieurs facteurs peuvent l'expliquer. L'élargissement du tournoi à 48 équipes a entraîné l'arrivée de nouvelles sélections et pourrait accentuer les écarts de niveau entre certaines équipes. Les grandes nations ont ainsi davantage d'occasions de prendre rapidement six points face à des adversaires moins expérimentés.
Le calendrier joue également un rôle essentiel. Une équipe considérée comme favorite qui affronte ses adversaires les plus faibles lors des deux premières journées augmente fortement ses chances de valider rapidement sa qualification.
A l'inverse, une sélection qui commence contre les meilleures équipes du groupe peut se retrouver en difficulté avant même d'avoir eu l'occasion de se relancer.
La nouvelle formule de la Coupe du monde ne change donc pas seulement le nombre de participants. Elle transforme aussi la stratégie des équipes, les calculs des supporters et la tension autour de chaque rencontre.
Pourquoi le fait de ne plus rien avoir à jouer pourrait avoir de l'importance
Comment l'Argentine et l'Allemagne vont-elles gérer leur dernier match de groupe ?
Il est difficile de savoir quelle approche adopteront les équipes déjà qualifiées. Mais dans une Coupe du monde aussi exigeante, la tentation de préserver certains cadres sera forcément forte.
Les vainqueurs de groupe ont une opportunité stratégique : arriver en seizièmes de finale avec des joueurs plus frais, en évitant de trop solliciter leurs titulaires lors de la dernière rencontre de la phase de poules.
L'Argentine pourrait être concernée par ce choix. Lionel Messi, qui fête ses 39 ans ce mercredi, pourrait bénéficier d'un temps de repos. Mais le capitaine argentin poursuit aussi un objectif individuel majeur : le Soulier d'Or. Avec déjà cinq buts inscrits, il reste en course pour terminer meilleur buteur du tournoi.
Ce dilemme n'est pas nouveau. L'Euro 2024 en a fourni un exemple frappant.
Après avoir remporté ses deux premiers matches et assuré la première place de son groupe, le Portugal avait largement remanié son équipe pour son dernier match face à la Géorgie. Le sélectionneur Roberto Martinez avait effectué huit changements dans son onze de départ.
La conséquence a été immédiate : la Géorgie s'est imposée 2-0, a terminé troisième de son groupe et a décroché une qualification historique pour les huitièmes de finale. La Hongrie, elle, a été éliminée de la course aux places de meilleurs troisièmes.
Un scénario similaire pourrait se reproduire lors de la Coupe du monde 2026.
Dans le groupe E, Curaçao et la Côte d'Ivoire ont affronté une équipe d'Allemagne au complet et se sont inclinés face à la Mannschaft. Mais l'Équateur, qui doit absolument gagner pour espérer se qualifier, pourrait avoir à défier jeudi une sélection allemande avec plusieurs cadres laissés au repos.
Une telle situation pose une question d'équité. Les équipes qui affrontent les grandes nations au début du tournoi peuvent se retrouver face à leur meilleure version, tandis que celles qui les affrontent lors de la dernière journée peuvent bénéficier d'un effectif remanié. Cela peut également influencer la lutte pour les places de meilleurs troisièmes.
Les derniers résultats montrent déjà comment cette nouvelle formule peut influencer la dynamique de la phase de groupes.
Dans le groupe A, la République tchèque, qui comptait seulement un point avant la dernière journée, devait impérativement battre le Mexique pour espérer poursuivre son parcours. Mais les Tchèques se sont finalement inclinés lourdement (3-0), mettant fin à leurs espoirs de qualification.
Dans le groupe C, le Maroc a confirmé son statut en dominant Haïti (4-2). Avec cette victoire, les Lions de l'Atlas valident leur billet pour la phase à élimination directe et terminent derrière le Brésil, leader du groupe.
Ces résultats illustrent déjà les particularités de cette nouvelle formule : avec davantage de places disponibles pour le tour suivant, certaines équipes peuvent se qualifier rapidement, tandis que d'autres doivent attendre les derniers résultats pour connaître leur sort.
La gestion des derniers matches de groupe devient donc un élément stratégique majeur. Les équipes déjà qualifiées doivent trouver un équilibre entre préserver leurs cadres et maintenir une dynamique positive, alors que les sélections encore en course jouent parfois leur avenir sur un seul résultat.
Pourquoi la bataille pour la troisième place manque d'équité
La bataille pour décrocher l'une des huit places réservées aux meilleurs troisièmes de la Coupe du monde 2026 ne se déroule pas dans des conditions totalement équitables.
Le calendrier peut devenir un facteur déterminant. Les équipes qui jouent plus tard dans la dernière journée connaissent les résultats de leurs concurrents et savent précisément quel résultat leur permettra de se qualifier.
Elles peuvent alors adapter leur stratégie : viser un match nul, prendre moins de risques ou, en cas de défaite, chercher à limiter l'écart pour préserver leur différence de buts.
Pour une équipe comme l'Écosse, qui disputait son dernier match de groupe avant plusieurs de ses concurrents directs, l'incertitude était maximale.
Battue 3-0 par le Brésil, l'équipe de Steve Clarke termine finalement troisième de son groupe avec trois points. Mais son parcours n'est pas encore terminé : elle doit désormais attendre les résultats des autres groupes pour connaître son classement définitif parmi les meilleurs troisièmes.
La lourde défaite contre la Seleção a fragilisé sa position, notamment en raison de l'impact sur sa différence de buts. Alors qu'un match nul ou une courte défaite aurait pu lui offrir davantage de garanties, ce revers l'oblige désormais à observer attentivement les performances des autres équipes encore en lice.
Les Écossais pourraient devoir patienter jusqu'aux dernières rencontres de la phase de groupes, potentiellement jusqu'à 5h00 du matin dimanche (heure britannique), après la conclusion des matches du groupe J, pour savoir s'ils figurent parmi les huit meilleurs troisièmes qualifiés.
Cette situation illustre l'une des particularités majeures de cette nouvelle Coupe du monde : une équipe peut avoir terminé son tournoi sur le terrain et devoir encore attendre plusieurs jours avant de connaître son véritable destin.
L'enjeu est encore plus important dans cette Coupe du monde au format élargi, car les équipes qui terminent troisièmes ne bénéficieront d'aucune journée de repos supplémentaire avant le début de la phase à élimination directe.
L'Écosse pourrait ainsi être amenée à affronter l'Allemagne à Boston lundi à 21h30 (heure britannique), soit seulement 40 heures et 30 minutes après la fin de la phase de groupes et la confirmation de son adversaire.
À cette difficulté sportive s'ajoute un autre risque : celui de voir apparaître des situations où deux équipes, en fonction du résultat dont elles ont besoin, pourraient être tentées de jouer une rencontre qui leur profite mutuellement.
Avec cette nouvelle formule, la dernière journée ne sera donc pas seulement une affaire de performances sur le terrain. Elle sera aussi une question de calculs, de calendrier et de gestion stratégique.
Le spectre des matches arrangés refait surface avec la nouvelle formule.
Prenons l'exemple du scandale de la Coupe du monde 1982.
L'Allemagne de l'Ouest affrontait l'Autriche lors du dernier match de la phase de groupes. Une courte victoire des Allemands permettait aux deux équipes de se qualifier, au détriment de l'Algérie. La rencontre s'est soldée par une victoire 1-0 de l'Allemagne de l'Ouest, un résultat qui a provoqué une immense polémique et qui a été surnommé le « match de la honte ».
À la suite de cet épisode, la FIFA a décidé que les derniers matches de chaque groupe seraient désormais joués simultanément afin d'éviter que des équipes puissent connaître à l'avance le résultat dont elles ont besoin. Mais cette mesure ne fait pas disparaître totalement le risque de scénarios où un résultat arrange les deux adversaires.
La Coupe du monde 2026 offre d'ailleurs une étrange coïncidence. Dans le groupe J, le dernier match oppose l'Algérie à l'Autriche. Les deux équipes comptent trois points et, au moment du coup d'envoi samedi, elles pourraient connaître précisément l'enjeu : savoir si un match nul suffit à qualifier les deux sélections pour les huitièmes de finale.
Deux des protagonistes de 1982 sont donc à nouveau concernés. Mais cette fois, l'Algérie pourrait être l'équipe qui profite d'un résultat favorable.
Par une autre coïncidence, l'Autriche et l'Ukraine abordaient leur dernier match de groupe à l'Euro 2020 avec trois points chacune ; un match nul aurait suffi aux deux équipes.
L'Autriche a remporté ce match 1-0, mais l'Ukraine s'est tout de même qualifiée.
La même situation se présente dans le groupe D de cette coupe du monde 2026 : l'Australie et le Paraguay, à égalité avec trois points, peuvent faire match nul.
Un incident similaire s'est produit à l'Euro 2004 pour les deux premières places, et encore aujourd'hui, de nombreux Italiens pensent que la Suède et le Danemark ont manipulé le résultat.
Si le match s'était soldé par un match nul et que les équipes avaient marqué au moins deux buts, l'Italie aurait été éliminée car elle avait marqué moins de buts lors des confrontations entre les trois équipes.
La Suède a égalisé à la 89e minute. Score final ? Suède 2-2 Danemark.
Il sera toujours impossible que toutes les équipes susceptibles de terminer troisièmes jouent en même temps.
Cependant, le système crée une situation où être tiré au sort plus tard offre un net avantage.
Nous avons utilisé l'IA pour aider à traduire cet article, rédigé à l'origine en anglais. Un journaliste de la BBC a vérifié la traduction avant sa publication. En savoir plus sur la manière dont nous utilisons l'IA.