Ces nouvelles règles de la FIFA qui vont révolutionner la Coupe du Monde 2026

    • Author, Ousmane Badiane
    • Role, BBC Afrique
  • Temps de lecture: 8 min

Du 11 juin au 19 juillet 2026, la planète football vibrera au rythme de la Coupe du Monde 2026, première édition élargie à 48 équipes et organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique.

Mais au-delà du spectacle attendu, ce Mondial marquera l'entrée en vigueur de nouvelles règles validées par l'International Football Association Board (IFAB), l'organe qui fixe les lois du jeu.

Chronométrage strict contre les pertes de temps, sanctions disciplinaires renforcées, contrôle accru des comportements et rôle élargi de la VAR. Ces nouvelles dispositions suscitent déjà débats et interrogations dans le monde.

Beaucoup espèrent des matchs plus fluides et spectaculaires tandis que d'autres dénoncent une "robotisation" du football où chaque geste est surveillé et craignent que les interruptions liées à la VAR nuisent à l'émotion du jeu.

Dans un communiqué publié à l'issue d'une réunion extraordinaire organisée à Vancouver, l'IFAB a annoncé avoir approuvé à l'unanimité deux modifications proposées par la FIFA afin de lutter contre les comportements discriminatoires et jugés inappropriés sur les terrains.

L'organisation précise que ces décisions font suite à des consultations menées avec différentes parties prenantes du football mondial.

L'objectif affiché est clair : accroître le temps de jeu effectif, fluidifier les rencontres et renforcer l'autorité arbitrale.

Ces mesures, testées grandeur nature à l'occasion du mondial 2026, seront ensuite généralisées aux autres compétitions internationales et nationales.

Carton rouge en cas de "bouche cachée"

Parmi les nouveautés les plus commentées figure la possibilité de sanctionner d'un carton rouge un joueur qui se couvre volontairement la bouche lors d'une confrontation avec un adversaire.

Une pratique devenue courante dans le football moderne, où les joueurs cherchent à dissimuler leurs échanges aux caméras.

Désormais, à la discrétion des organisateurs de compétition, ce geste pourra être interprété comme un comportement antisportif passible d'expulsion.

Se couvrir la bouche pour parler à un adversaire ou à l'arbitre pourra entraîner une expulsion, afin de lutter contre les propos discriminatoires, insultants ou antisportifs.

La mesure vise à empêcher certains échanges impossibles à lire pour les arbitres, les diffuseurs ou d'éventuels experts en lecture labiale.

Cette mesure survient après l'affaire impliquant Gianluca Prestianni, le joueur argentin du Benfica Lisbonne, accusé d'avoir proféré des insultes racistes envers Vinicius Junior lors d'un match de Ligue des champions cette saison contre le Real Madrid, une affaire toujours en cours d'enquête.

Avec la multiplication des caméras et des retransmissions mondiales, les instances du football cherchent de plus en plus à contrôler non seulement les gestes, mais aussi la communication entre acteurs sur le terrain.

Sanctionner les contestations excessives

Autre changement majeur, les protestations pourraient être beaucoup plus sévèrement sanctionnés. En effet la FIFA a introduit une mesure sévère contre les protestations excessives et les sorties de terrain.

Un joueur quittant volontairement le terrain pour contester une décision arbitrale pourrait désormais être expulsé.

La règle pourrait aussi s'appliquer à un membre du staff qui encourage les joueurs à abandonner la pelouse. Dans ce cas, l'équipe responsable d'un arrêt volontaire du match pourra être déclarée perdante par forfait.

La mesure intervient dans un contexte de tensions croissantes autour de l'arbitrage dans plusieurs compétitions internationales et africaines.

Cette nouvelle disposition résonne particulièrement après les incidents lors de la finale controversée de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal.

Ces dernières années, plusieurs rencontres de football dans le monde ont été marquées par des scènes de confusion : des joueurs encerclant l'arbitre, des bancs contestant avec véhémence les décisions arbitrales et des interruptions prolongées ou menaces physiques sur les arbitres.

Le rôle du capitaine est également renforcé. Il restera le principal interlocuteur de l'arbitre, tandis que les autres joueurs pourront désormais recevoir un carton jaune s'ils encerclent l'officiel, même sans comportement agressif ni contestation verbale.

Pour la FIFA et l'IFAB, l'idée est de restaurer l'autorité arbitrale et d'éviter que les matchs ne dégénèrent.

VAR élargie

L'assistance vidéo (VAR) constitue un autre volet important des réformes.

Elle interviendra dans davantage de situations litigieuses, notamment sur les erreurs disciplinaires ou les décisions majeures.

Jusqu'ici limité aux cartons rouges directs, le recours au VAR sera étendu à certaines situations liées à un second avertissement entraînant une exclusion.

L'objectif est de réduire les injustices et corriger les fautes d'arbitrage.

Deux cas précis sont visés : les erreurs d'identité et les sanctions attribuées au mauvais joueur ou à la mauvaise équipe.

L'IFAB ouvre aussi la possibilité de revoir certains corners accordés par erreur. Les compétitions pourront autoriser les arbitres vidéo à intervenir lorsqu'un corner est manifestement injustifié, à condition que la vérification soit immédiate et n'interrompe pas excessivement le rythme du match.

Depuis son introduction, l'assistance vidéo divise profondément le monde du football. Ses défenseurs y voient un outil indispensable pour réduire les injustices. Ses détracteurs dénoncent au contraire un football devenu plus lent, plus technique et parfois moins spontané.

En Afrique aussi, le débat est d'autant plus pertinent notamment en raison des différences de moyens technologiques entre les fédérations et au regard des polémiques d'arbitrage récurrentes dans les compétitions continentales.

Pertes de temps

Autre priorité affichée avant le Mondial 2026 : lutter contre les pertes de temps. Les remises en jeu et dégagements tardifs seront désormais strictement encadrés. Objectif : fluidifier le jeu et éviter les interruptions prolongées.

Si l'arbitre estime qu'une touche ou un dégagement est volontairement retardé, un compte à rebours visuel de cinq secondes sera déclenché. Si le ballon n'est pas remis en jeu avant la fin du décompte, la possession changera automatiquement de camp. Pour un dégagement au pied, l'équipe adverse obtiendra un corner.

Les remplacements feront également l'objet d'un contrôle renforcé. Dès que le numéro du joueur remplacé apparaît sur le panneau électronique ou dès le signal de l'arbitre, celui-ci disposera de dix secondes pour quitter la pelouse.

Passé ce délai, il devra sortir immédiatement, mais son remplaçant ne pourra entrer qu'au prochain arrêt de jeu et après au moins une minute écoulée. Une manière de décourager les sorties volontairement lentes destinées à gagner du temps en fin de rencontre.

Les interruptions pour blessure sont elles aussi concernées. Tout joueur nécessitant l'intervention du staff médical devra désormais quitter temporairement le terrain et attendre une minute complète avant de revenir en jeu, sauf exception.

Ces scènes où un joueur traverse lentement tout le terrain sous les sifflets, s'arrête pour applaudir le public ou simule une gêne physique pourraient donc coûter cher à son équipe lors du Mondial 2026.

Pour de nombreux observateurs, cette mesure représente une petite révolution dans un sport historiquement réticent aux exclusions temporaires, contrairement au rugby ou au handball.

Cartons jaunes effacés

Enfin, le règlement concernant les suspensions pour accumulation de cartons jaunes a été adapté au nouveau format élargi du Mondial à 48 équipes.

Les avertissements seront effacés après les trois matchs de poule, puis à nouveau après les quarts de finale, afin d'éviter des suspensions excessives dans un tournoi élargi.

Selon les règles actuelles, une équipe devait disputer cinq matchs pour atteindre les quarts de finale (contre 4 avant), et deux cartons jaunes lors de l'un de ces matchs entraînaient la suspension automatique du joueur.

Une évolution destinée à éviter qu'un trop grand nombre de joueurs importants et des stars manquent les rencontres décisives du tournoi.

Pour la FIFA, ces nouvelles règles traduisent une volonté de contrôler davantage le football : gestion stricte du temps, restauration de l'autorité arbitrale, discipline et respect, surveillance accrue des comportements et des faits d'anti jeu.

La Coupe du Monde 2026 servira de test grandeur nature. Reste à savoir si elles seront perçues comme une avancée vers plus de justice et de spectacle ou comme une perte de spontanéité dans un sport où l'émotion, la tension et la contestation font aussi partie du jeu.