Un haut responsable du parti présidentiel en RDC tué pour avoir appelé à lutter contre Ebola

    • Author, Abdou Aziz Diedhiou
    • Role, BBC News Afrique
    • Author, Emery Makumeno
  • Published
  • Temps de lecture: 7 min

Un haut responsable de l'UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), le parti au pouvoir, du président Félix Tshisekedi en RDC, a été tué dans la ville de Butembo, à l'est du pays, dans la province du Nord-Kivu.

Ce haut responsable a été agressé mortellement après avoir participé à une émission d'une radio locale où il encourageait les populations à soutenir la lutte contre Ebola.

Karondwa Mwanaweka Marie-Célestin Bytaty, dont l'âge n'a pas été précisé occupait les fonctions de président par intérim du Comité exécutif fédéral de l'UDPS.

Il assurait également les fonctions de porte-parole du parti présidentiel.

Selon un communiqué de la fédération locale de l'UDPS, Karondwa Mwanaweka Marie-Célestin Bytaty venait de participer à une émission sur radio Mwangaza où il appelait les habitants à soutenir les efforts de lutte contre Ebola. Peu à près son intervention, il aurait été agressé.

Le parti affirme que son domicile a ensuite été également incendié et ses biens détruits. La fédération locale de l'UDPS a dénoncé dans son communiqué une ''grave tragédie'' et réclame ''l'ouverture d'une enquête et demande que les auteurs de cette agression mortelle soient traduits en justice''.

Plusieurs cas d'agressions contre le personnel engagé face à Ebola

La mort du haut responsable de l'UDPS ce week-end a provoqué une vive émotion à Butembo, dans la province du Nord-Kivu.

Cette agression survient dans un contexte particulièrement tendu dans l'est de la RDC, où la riposte contre Ebola fait face à de nombreux défis.

Samedi, un agent chargé du dépistage d'Ebola a été tué à Vulemba lors d'une attaque contre un poste de contrôle sanitaire dans cette même province du Nord-Kivu.

Ces attaques répétées contre le personnel soignant et les équipes en première ligne dans la lutte contre Ebola illustrent les risques quotidiens auxquels ces agents sont confrontés.

Le 21 mai dernier, un centre de traitement d'Ebola a été incendié lors d'un conflit autour de l'enterrement d'un patient à Rwampara.

Une foule en colère a mis le feu à une partie d'un hôpital situé au cœur de l'épidémie d'Ebola dans l'est de la République démocratique du Congo, après que la famille et les proches d'un jeune homme qui serait décédé des suites du virus se sont vu refuser l'autorisation d'emporter son corps pour l'enterrer.

Le 1er juillet, un centre de traitement d'Ebola à Bafwabango, dans la province de l'Ituri, a été incendié. Selon les médias locaux, un policier a été tué lors d'affrontements liés au corps d'une personne présumée décédée des suites du virus.

De son côté, la Croix-Rouge a dénoncé, dans un communiqué publié en août dernier, plusieurs attaques contre ses équipes déployées sur le terrain en RDC pour faire face à l'épidémie d'Ebola.

Selon l'organisation, le 19 août dernier, trois volontaires qui participaient à des activités humanitaires à Beni, dans la province du Nord-Kivu, ont été violemment agressés et blessés par un groupe d'individus. Du matériel utilisé dans le cadre de l'intervention a également été détruit.

Le 18 août 2026, deux volontaires ont également été blessés alors qu'ils tentaient d'effectuer un enterrement digne et sécurisé dans le village de Malikuti, dans la zone de santé de Rungu, dans le Haut-Uélé.

Le 17 août 2026, un convoi intervenant dans le cadre de la riposte transfrontalière a été attaqué à Aru, dans la province de l'Ituri. Un membre de l'équipe a été grièvement blessé et deux ambulances de la Croix-Rouge ougandaise ont été caillassées.

Dans un témoignage recueilli par BBC Verify, Daniel Uyirwoth Welo, 27 ans, l'un des volontaires de la Croix-Rouge blessés lors d'une attaque, a déclaré avoir été « attrapé par derrière et frappé à coups de pelles et de machettes » alors qu'il tentait, avec ses collègues, de procéder à un enterrement sécurisé dans un cimetière de Bunia, dans l'est de la RDC.

L'agression a été déclenchée par des rumeurs circulant localement et en ligne selon lesquelles le cercueil était vide.

« Certains membres de la foule disaient : "Non, Ebola n'existe pas" », a confié Welo à BBC Verify, ajoutant que d'autres pensaient que l'équipe de la Croix-Rouge était présente uniquement « pour obtenir de l'argent ».

BBC Verify a recensé au moins 12 cas de résistance communautaire aux mesures de lutte contre Ebola, dont sept ont pu être vérifiés grâce à des images diffusées sur les réseaux sociaux en juillet dernier.

Ces cas comprennent des attaques contre des centres de soins, des agressions contre le personnel soignant et des tentatives répétées d'entraver les rites funéraires des personnes décédées de la maladie.

Le nombre réel est probablement plus élevé, des incidents pouvant se produire dans des zones reculées sans être signalés, a indiqué BBC Verify.

Quand la rumeur et la désinformation nourrissent la méfiance

Une évaluation récente menée par l'organisation caritative ActionAid en Ituri a suggéré qu'environ un tiers des personnes interrogées ne croyaient pas qu'Ebola soit une véritable maladie, la considérant plutôt comme un phénomène spirituel ou le produit de la sorcellerie.

"La désinformation sur Ebola est le meilleur allié du virus", a déclaré Dr Wessam Mankoula, des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies, à la BBC.

"Les fausses rumeurs retardent la prise en charge des personnes qui ont besoin d'aide et alimentent les attaques contre le personnel et les établissements de santé, perturbant ainsi la lutte contre l'épidémie et offrant au virus davantage d'opportunités de se propager."

Selon les experts, la méfiance a été alimentée par des décennies de troubles dans l'est de la RDC — allant d'un conflit prolongé à des ingérences extérieures et à la concurrence pour les minéraux précieux, tels que l'or et le coltan, qui ont attiré des entreprises étrangères et des groupes armés.

"Il existe une base très solide de méfiance envers tout ce qui vient de l'extérieur, y compris du gouvernement central", déclare Dr Jean-Vivien Mombouli, qui a déjà conseillé des gouvernements de toute la région sur la manière de réagir aux épidémies d'Ebola.

Les autorités sanitaires affirment que la maîtrise de l'épidémie dépend désormais autant du rétablissement de la confiance que des traitements médicaux, et préviennent que sans l'acceptation des communautés, elles ne pourront pas mener à bien leur mission.

"La méfiance est le véritable champ de bataille", a écrit le directeur général de l'OMS, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, sur les réseaux sociaux en juin. "Gagnons la confiance, et nous gagnerons."

L'insécurité entrave les opérations sur le terrain.

Les autorités sanitaires reconnaissent que le suivi des personnes exposées au virus est devenu plus difficile.

Elles craignent que certaines chaînes de transmission échappent à la surveillance.

Les taux d'identification et de suivi des contacts sont tombés en dessous du seuil considéré comme nécessaire par les experts pour détecter rapidement les nouvelles chaînes de transmission.

Des dizaines de nouveaux cas et près de cinquante décès supplémentaires ont été enregistrés au cours de la dernière période de référence, portant le nombre total de décès à près de 4 000.

Selon le dernier rapport épidémiologique, plus de 8 000 cas d'Ebola et près de 4 000 décès ont été recensés depuis la déclaration de l'épidémie en mai.