Inondations en Côte d'Ivoire : plus de 50 morts, des quartiers submergés et un gouvernement sous pression

    • Author, Mamadou Faye
    • Role, BBC News Afrique
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  • Temps de lecture: 5 min

En l'espace de quelques heures, les rues d'Abidjan, la capitale économique ivoirienne, et de certaines localités du pays se sont transformées en rivières.

Des maisons sont englouties et des centaines de familles ont été contraintes de partir avec ce qui pouvait être sauvé.

Ces nouvelles inondations qui ont frappé la Côte d'Ivoire, avec un bilan de 59 morts, rappellent la vulnérabilité du pays face aux pluies torrentielles exacerbées par les changements climatiques.

Plusieurs communes du pays, dont la capitale économique Abidjan, se sont retrouvées dans la nasse en l'espace de quelques heures lundi, à la suite de pluies torrentielles.

Malheureusement, les dégâts ne se sont pas limités au plan matériel puisque des morts ont été enregistrés.

Un bilan catastrophique

"Pour ce qui est des inondations que nous avons connues, et notamment cette journée tragique du lundi dernier, le conseil (des ministres) déplore un bilan particulièrement élevé de 59 personnes décédées cette année, alors que nous ne sommes qu'au début de la saison des pluies", a réagi Amadou Coulibaly, le porte-parole du gouvernement ivoirien, à l'issue du conseil des ministres tenu mercredi.

En effet, même si plusieurs localités du pays ont été touchées, les autorités ivoiriennes ont dévoilé les communes qui ont subi plus de dégâts.

Plusieurs quartiers d'Abidjan, la capitale économique du pays, ont été submergés par les eaux, causant par la même occasion plusieurs dégâts matériels. Des maisons ont été inondées à la suite de l'effondrement de leurs murs de clôture, et plusieurs routes étaient devenues impraticables.

"Le bilan le plus élevé revient à la commune d'Attécoubé, avec une vingtaine de morts où les populations ont hélas recolonisé des sites d'où elles avaient été déplacées", renseigne Amadou Coulibaly.

Un vrai drame humain

Alors que certains ont tout perdu, d'autres pleurent leurs proches emportés par la furie des pluies torrentielles.

"Lundi dernier, ma maison s'est effondrée", a confié à la BBC Adama Flevi, un jeune entrepreneur. "Heureusement, j'ai survécu, mais j'ai été blessé à la tête. Je ne me sens pas encore bien, et psychologiquement, c'est difficile car beaucoup de gens de mon quartier sont morts presque sous nos yeux", a-t-il précisé.

Le porte-parole du gouvernement ivoirien a signalé que cette situation constitue un véritable drame.

"Il y a des situations où des familles entières ont disparu, ce sont de véritables drames. Il faut que nous évitions d'en arriver à ces situations extrêmes", a-t-il déclaré.

"Le gouvernement regrette toutes ses victimes et présente ses condoléances aux familles des disparus et (souhaite) prompt rétablissement aux blessés", a-t-il renchéri tout en invitant "les populations à respecter toutes les mesures de sécurité qui sont édictées, notamment en quittant les zones identifiées comme à risque".

Au moins, plus de 6 millions de personnes qui vivent dans la capitale économique ivoirienne sont affectés par le phénomène des inondations récurrentes sur les 30 millions d'habitants que compte le pays.

Les conséquences des inondations

Au-delà des regrettables pertes humaines enregistrées, les pluies torrentielles ont provoqué l'inondation de nombreux quartiers, affectant plusieurs axes routiers.

Les fortes pluies sont également à l'origine de l'envahissement de nombreuses maisons abandonnées par leurs occupants qui se sont retrouvés sans abris.

Plusieurs effondrements de bâtiments ou de murs de clôture ont aussi été enregistrés un peu partout, ainsi que des chutes d'arbres et de poteaux électriques.

Cette situation a engendré d'importantes perturbations de la circulation et de la vie quotidienne des populations.

Les mesures prises par le gouvernement

Avec le rythme croissant d'urbanisation, de nombreux quartiers précaires se sont rapidement multipliés à Abidjan, la capitale économique ivoirienne.

Le gouvernement, dans un souci de rétablir l'ordre urbain, a mené plusieurs opérations de déguerpissement et de démolition d'habitats précaires installés dans des zones inondables.

A l'issue du conseil des ministres tenu mercredi, Amadou Coulibaly a promis aux victimes une assistance du gouvernement.

Selon lui, "60.000 personnes seront relogées dans 12.000 logements qui vont être construits" à Songon et le long de l'autoroute du Nord.

Les premiers bénéficiaires de cette mesure seront ceux-là qui ont été affectés par les mesures de démolition de leur domicile.

Il faut signaler que les opérations de démolition des maisons dans certains quartiers d'Abidjan ont été vivement contestées par l'opinion publique.

Amnesty International avait, pour sa part, dénoncé des "violations importantes des droits humains de dizaines de milliers de personnes".

Pour rappel, les inondations ont fait plusieurs victimes en Côte d'Ivoire depuis plusieurs années, surtout en 2023 avec une trentaine de morts, et plus d'une vingtaine de morts en 2024.

Alors que la saison des pluies est presque à son début et bien loin d'être terminée, cette catastrophe relance le débat sur la prévention des risques, l'aménagement urbain et la politique d'adaptation des villes ivoiriennes au phénomène du changement climatique.